Choisir un cognassier revient à croiser trois questions : ce que vous comptez faire de vos coings, le climat de votre région, et le temps que vous êtes prêt à passer à surveiller l'arbre. Selon les réponses, le meilleur coing ne sera pas le même dans un fond de vallée humide, sur une colline sèche du Midi ou sous un printemps qui gèle encore en avril. C'est pour cette raison que ce guide est construit région par région.
Chez moi, en Ariège, à 300 mètres d'altitude sur un sol argilo-calcaire, le meilleur coing est le Constantinople : très parfumé, sain au verger, et un seul arbre suffit puisque le cognassier est autofertile. Mais chaque variété a son terroir, et la pectine varie du simple au double d'une variété à l'autre, ce qui se voit tout de suite dans la bassine quand on fait de la gelée.
Je cultive aujourd'hui douze variétés de cognassiers dans ma pépinière bio, dont huit au catalogue, greffées à la main et expédiées en racines nues. Vous trouverez ici ces huit variétés avec leurs points forts et l'endroit où chacune donne le meilleur, le calendrier de récolte de septembre à novembre, un tableau comparatif, les recommandations par région, les teneurs en pectine mesurées en laboratoire, et mes conseils de transformation, dont la raison pour laquelle je mets moins de sucre que la plupart des recettes.
Les 8 variétés de cognassier de la pépinière
Voici le détail de chaque variété, avec ses points forts, l'endroit où elle se plaît et l'usage pour lequel je la conseille. Quand une information vient de la littérature pomologique plutôt que de mon verger, je le précise.
Constantinople, le meilleur coing de la gamme

Gros coing aplati à l'arôme puissant et légèrement acidulé, le Constantinople est le plus complet de mes cognassiers. L'arbre est sain au verger, très peu touché par le carpocapse et la moniliose, et il se plaît en terrain humide. Récolte mi-octobre en Ariège.
- Points forts : parfum puissant, gelée rosée, arbre robuste, rustique et peu exigeant
- Terroir idéal : fond de vallée, plaine, terrains humides, Bretagne et climats océaniques, où sa peau duveteuse protège le fruit des pluies
- Usage : gelée, pâte de coing, compote ; facile à peler et rapide à cuire
Mon avis : le meilleur coing de ma gamme, et celui que je conseille en premier quand on ne plante qu'un arbre. → Fiche Constantinople
Géant de Vranja, le coing de volume

Variété serbe ancienne, aussi appelée Monstrueux de Vranja, le Géant de Vranja donne de très gros coings, souvent autour de 500 g, qui remplissent vite une bassine. Il est sensible aux maladies sans que ce soit un problème chez moi, et il apprécie peu les étés très humides. Son parfum est plus discret que celui du Constantinople, ce qui en fait le partenaire idéal d'une variété aromatique.
- Points forts : gros calibre, rendement en chair, bonne tenue des préparations
- Terroir idéal : sols argileux et régions sèches, où il tient bien la sécheresse
- Usage : pâte de coing et gelée en grosses quantités, en mélange avec un coing parfumé
Mon avis : le coing de ceux qui transforment beaucoup. Associé au Constantinople à 60/40, c'est la base de ma pâte de coing. → Fiche Géant de Vranja
Kirmizi Ayva, le coing rouge à croquer
Variété turque rarissime, le Kirmizi Ayva a un épiderme rouge et une chair non astringente, au goût de poire épicée. C'est le plus vigoureux de mes cognassiers, qui pousse très vite avec de grandes feuilles, le plus résistant à la moniliose de ma gamme, et il supporte aussi bien la chaleur que le froid, puisqu'il est rustique jusqu'à -20 °C. Sa floraison tardive, en avril-mai, et sa maturité tardive, en octobre-novembre selon les régions, lui permettent de réussir en altitude comme en zone froide. Sa chair est juteuse et fondante, et c'est le seul coing de ma gamme que je mange cru sans réserve.
- Points forts : se mange cru, gelées et pâtes rubis, arbre le plus sain et le plus robuste
- Terroir idéal : presque partout, du sud chaud au nord froid, en sol sec comme en climat pluvieux
- Usage : dégustation crue en lamelles, gelée rouge, pâte de coing rouge
Mon avis : le cognassier tout-terrain de ma gamme, le seul que je conseille pour croquer un coing, et le plus tranquille au verger. → Fiche Kirmizi Ayva
Rea's Mammoth, le coing le plus parfumé
Obtenue dans l'État de New York et décrite dès 1888, le Rea's Mammoth a l'un des arômes les plus beaux que je connaisse parmi les coings. Ses fruits jaunes et côtelés sont aussi les plus gros de ma gamme, jusqu'à 600 g, et c'est la variété la plus tardive de ma gamme : elle se récolte de mi-octobre à début novembre, et ses coings sont ceux qui se gardent le mieux de toute la gamme. L'arbre, au port étalé, est sensible aux maladies et demande un peu plus de suivi que les autres : une charpente bien aérée et le ramassage des fruits tombés suffisent en général à le tenir.
- Points forts : arôme exceptionnel, très gros calibre, longue conservation
- Terroir idéal : situations ensoleillées et ventilées, sans humidité stagnante, et jardins qui ont de la place
- Usage : confiture et compote, où son parfum s'exprime le mieux, et coings de garde
Mon avis : le coing des amateurs de parfum, pour qui accepte de surveiller son arbre et lui laisse de la place. → Fiche Rea's Mammoth
Aromatnaya, le coing russe qui s'adapte partout

Originaire du sud de la Russie, l'Aromatnaya a une très bonne rusticité et s'adapte aussi bien au nord qu'au sud, où il tolère la chaleur. C'est un arbre peu poussant, facile à loger dans un petit jardin. Son fruit est parfumé : certains y trouvent des notes d'ananas, que je ne retrouve pas pour ma part, puisqu'il a pour moi le goût classique d'un bon coing. Il n'a plus d'astringence à maturité et peut se croquer, mais il faut de très bonnes dents, et c'est en transformation qu'il donne le meilleur.
- Points forts : rusticité, adaptation à toutes les régions, arbre compact
- Terroir idéal : toutes les régions, du nord au sud
- Usage : gelées, pâtes et compotes
Mon avis : un coing sûr pour ceux qui ne savent pas trop quoi planter, et un très bon coing de transformation. Pour croquer, je lui préfère le Kirmizi Ayva.
Portugal, le coing parfumé des printemps doux
Variété ancienne très réputée en France, le Portugal donne de gros fruits à la chair jaune cassante, très parfumés et bien pourvus en pectine, ce qui est assez rare pour être souligné. L'arbre est vigoureux et tient bien face à la moniliose. Il se récolte à la mi-octobre chez moi. Deux points demandent de l'attention : sa floraison est précoce, et chez nous en Ariège elle est régulièrement touchée par les gelées de printemps ; et ses fruits se conservent moins longtemps que ceux d'autres variétés, quelques semaines plutôt que quelques mois.
- Points forts : parfum et pectine dans le même fruit, bonne tenue à la moniliose
- Terroir idéal : régions sans gelées tardives
- Usage : gelée, qui demande peu de correction, et transformation dans la foulée de la récolte
Mon avis : une excellente variété partout où avril ne gèle plus, à éviter là où les gelées de printemps sont fréquentes. → Fiche Portugal
Champion, le coing trapu du sud et du bord de mer

Le Champion fleurit un peu tard, ce qui lui permet d'éviter les gelées tardives, il se met à fruit rapidement et il est productif, avec un coing de bon goût. Il tolère bien la chaleur, et son bois fort et son port trapu lui donnent peu de prise au vent. Il accepte même les sols sableux, qui ne sont pourtant pas le terroir de prédilection des cognassiers.
Obtenu par Meech vers 1870 dans le New Jersey, le Champion se récolte en octobre, et ses fruits se gardent ensuite plusieurs semaines dans un local frais et ventilé. C'est aussi l'une des rares variétés dont la pectine a été mesurée : 2,87 g pour 100 g de fruit frais, dans le tiers supérieur d'une étude portant sur vingt-deux variétés.
- Points forts : floraison un peu tardive, mise à fruit rapide, productif, pectine élevée
- Terroir idéal : sud, régions chaudes, bord de mer venté, sols sableux
- Usage : gelée et pâte de coing
Mon avis : le coing que je conseille dans le sud et en bord de mer, et l'un des plus polyvalents de la gamme. → Fiche Champion
Uspech, le coing précoce de septembre

Variété originaire de Russie, encore rare en France, l'Uspech est le plus précoce de ma gamme : il se récolte dès septembre, avant les premiers froids. Son gros fruit rond en forme de pomme, autour de 400 g, a une chair tendre. L'arbre est compact, 2 à 3 m, autofertile, vigoureux et productif, très robuste et avec une bonne résistance aux maladies.
- Points forts : précocité, robustesse, arbre compact
- Terroir idéal : nord et est, altitude, régions à automne court, petits jardins
- Usage : gelées et pâtes dès septembre, pour ouvrir la saison du coing
Mon avis : le coing des automnes courts, et celui qui permet de commencer la saison un mois avant les autres. → Fiche Uspech
J'ai d'autres cognassiers en test au verger, comme le Cydora Robusta, le Leskovaz ou le Meech's Prolific. Je les présenterai ici quand ils entreront au catalogue.
Tableau comparatif des variétés de coing
| Variété | Calibre | Arôme | Pectine | Couleur de gelée | Santé de l'arbre | Maturité | Conservation |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Constantinople | Gros, aplati | Puissant, acidulé | Faible | Rosée | Très bonne | Mi-saison, mi-octobre chez moi | — |
| Géant de Vranja | Très gros, autour de 500 g | Discret | Élevée (voir plus bas) | Classique | Correcte | Mi-saison, octobre | Bonne, jusqu'en décembre |
| Kirmizi Ayva | Moyen | Poire épicée | Non mesurée | Rubis | Excellente | Tardive, octobre-novembre | — |
| Rea's Mammoth | Jusqu'à 600 g, côtelé | Exceptionnel | Non mesurée | Classique | Demande du suivi | Tardive, mi-octobre à début novembre | La meilleure de la gamme |
| Aromatnaya | Moyen | Parfumé, goût classique | Non mesurée | Classique | Très rustique | Mi-saison, octobre | — |
| Portugal | Gros, chair cassante | Très parfumé | Bonne | Classique | Bonne, mais floraison gélive | Mi-saison, mi-octobre chez moi | Courte, quelques semaines |
| Champion | Gros | Très parfumé | 2,87 g/100 g, mesurée | Classique | Moyenne | Octobre | Plusieurs semaines |
| Uspech | Gros, rond, autour de 400 g | — | Non mesurée | — | Bonne résistance aux maladies | Précoce, septembre-octobre | Bonne |
Deux précisions sur ce tableau. Les maturités sont des repères d'ordre plutôt que des dates : un même arbre mûrit deux à trois semaines plus tard en altitude qu'en plaine, et les dates données pour le Constantinople et le Portugal sont celles que je relève en Ariège. Pour la pectine, seul le chiffre du Champion vient d'une mesure en laboratoire ; ce que j'indique pour le Constantinople, le Vranja et le Portugal vient de mes préparations. Les tirets signalent les cases où je n'ai pas encore de donnée fiable.
Les deux colonnes que je regarde en premier sont la couleur de gelée et la santé de l'arbre : la première décide de l'allure de vos bocaux, la seconde de votre tranquillité sur vingt ans.
Quel cognassier choisir selon votre région ?
Toutes les variétés ont un intérêt, mais pas partout. Le meilleur cognassier n'est pas forcément le meilleur coing de ma gamme : c'est celui qui se plaira chez vous, sous votre printemps et dans votre sol. Ces recommandations viennent de mes observations au verger et des retours de producteurs installés dans d'autres régions.
Quel cognassier pour le sud de la France ?
Dans le sud, je conseille le Champion et le Kirmizi Ayva. Le Champion fleurit un peu tard, ce qui lui évite les gelées tardives que le sud connaît aussi certaines années ; il se met à fruit rapidement, il est productif, son coing est bon, et il tolère bien la chaleur. Le Kirmizi Ayva est idéal sous ce climat pour sa tolérance à la chaleur et sa robustesse, et c'est l'un des coings les plus vigoureux, qui s'installe très vite.
Quel cognassier résiste à la sécheresse ?
Le cognassier est à l'origine un arbre des sols frais, mais deux variétés tiennent bien la sécheresse : le Kirmizi Ayva et le Géant de Vranja, surtout en sol argileux, qui garde mieux l'eau en profondeur. Le porte-greffe compte aussi : le BA29, sur lequel sont greffés nos cognassiers, supporte le manque d'eau mieux que la plupart des porte-greffes de cognassier. Un paillage épais et un arrosage profond les deux premiers étés font le reste.
Quel cognassier pour l'altitude et les gelées tardives ?
En altitude, le danger vient du printemps plus que de l'hiver. Évitez le Portugal, dont la floraison précoce gèle régulièrement chez moi en Ariège. Le Kirmizi Ayva, rustique jusqu'à -20 °C et à floraison tardive, en avril-mai, et l'Uspech, assez précoce pour mûrir avant les premiers froids quand la saison est courte, sont les mieux armés.
Deux conseils valent pour toutes les variétés en montagne : choisissez une exposition bien dégagée, pour que l'arbre sèche vite après la pluie et ne souffre pas d'humidité, et vérifiez le pH de votre sol, car les terres de montagne sont souvent peu profondes, acides, avec la roche mère proche.
Quel cognassier pour le nord et l'est ?
Dans le nord et l'est, je reste sur le Kirmizi Ayva, l'un des coings les plus rustiques au froid, et sur l'Uspech, une variété russe très robuste, qui résiste bien aux maladies et se récolte dès septembre.
Quel cognassier pour la Bretagne, l'ouest et les régions pluvieuses ?
Pour la Bretagne et l'ouest, je reste sur les classiques, Constantinople et Kirmizi Ayva. Le Constantinople est très robuste, rustique et peu exigeant, et sa peau duveteuse protège le fruit des pluies excessives. Le Kirmizi Ayva, le plus résistant à la moniliose de ma gamme, est l'autre valeur sûre.
Sous un climat doux et humide, l'entomosporiose peut apparaître : taillez l'arbre de façon à bien aérer la charpente, pour que le feuillage sèche vite après la pluie.
Quel cognassier près de la mer ?
En bord de mer, ce qui compte, c'est le vent et le sol, souvent sableux. Le Champion est le mieux adapté : son bois fort et son port trapu lui donnent peu de prise au vent, et il accepte les sols sableux, même si ce n'est pas le terroir de prédilection des cognassiers.
Quel cognassier s'adapte à toutes les régions ?
Si vous hésitez, deux variétés passent presque partout. Le Kirmizi Ayva, que je conseille aussi bien dans le sud que dans le nord, en sol sec comme sous la pluie. Et l'Aromatnaya, variété russe d'une très bonne rusticité, qui s'adapte du nord au sud et résiste à la chaleur.
Quel cognassier en sol calcaire ?
Sur un sol calcaire, c'est le porte-greffe qui décide. Le BA29 tolère bien le calcaire et les terres argileuses, ce qui en fait le bon choix sur un sol comme le mien, argilo-calcaire. Les porte-greffes Sydo et cognassier d'Angers, plus sensibles au calcaire, risquent d'y jaunir.
Le résumé par région
| Votre situation | Contrainte principale | Variétés à privilégier | À surveiller |
|---|---|---|---|
| Sud | Chaleur | Champion, Kirmizi Ayva | — |
| Sol sec | Manque d'eau | Kirmizi Ayva, Géant de Vranja, surtout en sol argileux | Sols très légers |
| Altitude, gelées tardives | Gel des fleurs, saison courte | Kirmizi Ayva, Uspech | Portugal |
| Nord et est | Froid, automne court | Kirmizi Ayva, Uspech | — |
| Bretagne, ouest, climats océaniques | Pluie, entomosporiose | Constantinople, Kirmizi Ayva | Taille aérée indispensable |
| Bord de mer | Vent, sol sableux | Champion | — |
| Toutes régions | — | Kirmizi Ayva, Aromatnaya | — |
| Sol calcaire | Chlorose | Toutes, sur porte-greffe BA29 | Porte-greffes Sydo et Angers |
Portugal ou Champion, Vranja ou Champion : les duels classiques
Trois variétés concentrent la plupart des questions, et l'hésitation porte presque toujours sur deux d'entre elles.
Cognassier Portugal ou Champion ?
Les deux sont réputés pour leur parfum et ont tous deux une bonne pectine, si bien que ce qui doit décider, c'est votre printemps.
Le Portugal fleurit tôt, ce qui est un avantage là où le printemps est doux et sans gelées, puisque le fruit a tout le temps de mûrir, et un handicap partout où avril peut encore geler : chez moi en Ariège, sa floraison est régulièrement touchée, et je ne le conseille pas en altitude.
Le Champion fleurit au contraire un peu tard, ce qui lui évite les gelées tardives, et il tolère bien la chaleur. Il se met à fruit rapidement, il est productif, et son bois fort lui donne peu de prise au vent. Ses coings sont un peu moins astringents que ceux du Portugal, et les deux se récoltent en octobre.
Mon avis : le Portugal si vos printemps sont doux, le Champion si vous craignez les gelées de printemps, la chaleur ou le vent. Avec un printemps gélif et un automne court, partez plutôt sur une variété précoce comme l'Uspech.
Cognassier Vranja ou Champion ?
Ce duel se tranche plus vite, parce que les deux arbres ne jouent pas le même rôle.
Le Géant de Vranja donne de très gros coings, souvent autour de 500 g, avec un parfum discret. C'est un coing de volume, fait pour les grosses quantités et les mélanges.
Le Champion passe en moyenne un cran en dessous sur le calibre, autour de 370 g. En échange, il offre un parfum plus marqué, une chair juteuse, une mise à fruit rapide, et la seule teneur en pectine mesurée de cette page.
Mon avis : si c'est votre seul arbre, le Champion, parce qu'il fait tout seul gelée et pâte de coing. Le Vranja prend tout son sens en second arbre, pour la masse.
Constantinople ou Géant de Vranja ?
Si vous n'en plantez qu'un, c'est le Constantinople, qui l'emporte sur le goût, la couleur et la santé de l'arbre. Le Géant de Vranja a pour lui le calibre et la pectine, et c'est justement ce qui en fait le meilleur complément du Constantinople.
Mon avis : le Constantinople seul, avec les pépins en mousseline et un filet de citron dans la gelée. Les deux ensemble si vous transformez de gros volumes.
Le résumé en une ligne
| Vous hésitez entre | Prenez | Sauf si |
|---|---|---|
| Portugal et Champion | Champion, plus sûr face aux gelées et à la chaleur | Vos printemps ne gèlent jamais : Portugal |
| Vranja et Champion | Champion si c'est votre seul arbre | Vous en plantez deux : Vranja en complément |
| Constantinople et Vranja | Constantinople | Vous transformez en gros volumes : les deux, à 60/40 |
Quel est le meilleur cognassier ?
Une fois les huit variétés passées en revue, la réponse tient en deux temps.
Chez moi, le meilleur coing est le Constantinople : un gros coing aplati à l'arôme puissant et légèrement acidulé, une gelée rosée que les coings jaunes n'atteignent pas, un arbre qui tient en terrain humide, en fond de vallée et en plaine, et des fruits que le carpocapse comme la moniliose épargnent largement. Il se pèle facilement et cuit vite, et son seul point faible, un peu moins de pectine que la moyenne, se corrige avec les pépins en mousseline et un filet de citron.
Chez vous, le meilleur cognassier sera celui qui se plaît sous votre climat :
- dans le sud et en bord de mer, le Champion ;
- en sol sec, le Kirmizi Ayva et le Géant de Vranja ;
- dans le nord, l'est et en altitude, le Kirmizi Ayva et l'Uspech ;
- en Bretagne, dans l'ouest et en terrain humide, le Constantinople et le Kirmizi Ayva ;
- si vous hésitez, le Kirmizi Ayva, qui passe presque partout.
Faut-il planter deux cognassiers ?
Non. Le cognassier est autofertile : un arbre planté seul, sans aucun autre cognassier à proximité, donnera des coings. Sur ce point, c'est l'une des espèces les plus simples du verger, à l'inverse du pommier ou du cerisier qui ont souvent besoin d'un pollinisateur.
Un Constantinople suffit donc, et il suffira très bien. Quand vous lisez qu'il faut planter les cognassiers par deux, il s'agit d'une confusion avec les espèces autostériles.
Alors pourquoi associer deux variétés ?
Pour la cuisine uniquement. Le Constantinople est très parfumé mais un peu léger en pectine, ce qui rend ses gelées un peu moins faciles à faire prendre.
Avec un seul arbre, ce qui est le cas de la plupart des jardins, faites du 100 % Constantinople et allez chercher la pectine là où elle se trouve : les pépins et le cœur dans une mousseline, un filet de citron, et la gelée prend. Vous gardez tout le parfum et toute la couleur.
Si vous transformez de gros volumes et que vous avez la place pour un second arbre, le mélange que je refais chaque automne est 60 % de Géant de Vranja pour la masse, 40 % de Constantinople pour le goût et la couleur. D'autres variétés réunissent d'ailleurs le parfum et la pectine dans le même fruit, comme le Portugal et le Champion, et demandent moins de correction en gelée.
Le second arbre est un confort de transformation, pas une condition pour récolter.
Combien de cognassiers faut-il planter ?
Un seul. Le cognassier est autofertile, et un arbre adulte produit largement de quoi occuper un automne de transformation pour une famille. Dans la grande majorité des jardins, un Constantinople seul est la bonne réponse, et c'est celle que je donne le plus souvent.
Un deuxième arbre se justifie si vous transformez en quantité. Visez alors le 60/40, en sachant que l'arithmétique joue en votre faveur : un Géant de Vranja d'environ 500 g pèse autant que deux coings moyens, si bien qu'un seul Vranja suffit souvent à tenir ses soixante pour cent face à un Constantinople.
Un deuxième arbre peut aussi servir à étaler la récolte. Un Uspech, récolté dès septembre, et un Rea's Mammoth, qui se cueille jusqu'à début novembre, vous donnent deux mois de coings au lieu de quelques semaines.
Un troisième a du sens pour élargir les usages plutôt que les volumes. Ajoutez alors un Kirmizi Ayva, et vous gagnerez la dégustation crue, les gelées rubis et l'arbre le plus sain des trois.
Côté patience, comptez trois à quatre ans avant une vraie première récolte sur un sujet greffé, et une production pleine vers la sixième ou septième année.
Combien de pectine contient un coing ? Les chiffres mesurés
C'est la question qui décide de la réussite d'une gelée, et on en parle presque toujours sans chiffre. Il en existe pourtant.
Une équipe tchèque a mesuré la composition de vingt-deux variétés de cognassier sur trois récoltes successives, avec des fruits cueillis en octobre et analysés en décembre après conservation à 2 °C. À ma connaissance, c'est le jeu de données le plus complet sur le sujet.
La teneur en pectine varie du simple au double selon la variété, de 1,75 à 3,51 g pour 100 g de fruit frais, pour une moyenne autour de 2,45 g. Le choix de la variété pèse donc autant sur la prise de votre gelée que le temps de cuisson, ce que l'on constate en bassine sans pouvoir le chiffrer.
Le Champion est mesuré à 2,87 g, sixième sur vingt-deux, ce qui est une bonne nouvelle pour une variété déjà réputée pour son parfum.
L'étude fait aussi tomber une idée reçue. On lit souvent que les coings en forme de pomme seraient plus riches en pectine que ceux en forme de poire, or sur ces vingt-deux variétés les deux groupes sont à égalité, avec 2,43 g de moyenne pour les maliformes et 2,46 g pour les piriformes. La forme du fruit ne dit rien de sa pectine, seule la variété compte.
Les limites de ces chiffres
La pectine mesurée n'est pas le pouvoir gélifiant. Ce qui fait prendre une gelée, c'est la quantité de pectine, mais aussi son degré d'estérification, l'acidité du jus et le sucre, si bien que deux variétés à teneur égale peuvent se comporter différemment en bassine.
La maturité déplace tout. La pectine est à son maximum à maturité puis décroît, et un coing cueilli trop tard ou oublié trois semaines sur une étagère a perdu une partie de son potentiel. Une gelée qui ne prend pas vient souvent de là plutôt que de la variété.
Enfin, mes variétés principales ne figurent pas dans l'étude : ni le Constantinople, ni le Géant de Vranja, ni le Portugal n'ont été mesurés. Ce que j'en dis vient de mes préparations. Je précise aussi que la réputation de richesse en pectine du Vranja circule beaucoup sans qu'aucune mesure publiée ne l'appuie, et qu'une source anglaise affirme même le contraire. Dans mon atelier, le mélange 60/40 prend bien, et je vérifierai le comportement de chaque variété seule à la prochaine récolte.
Quelle variété de coing pour la gelée ?
Avec un seul arbre, le Constantinople, en allant récupérer la pectine là où elle se trouve. C'est la réponse pour la grande majorité des jardins.
Le Constantinople l'emporte sur le parfum et sur la couleur, et il passe un peu en dessous sur la pectine. Voici comment combler l'écart sans rien planter de plus.
La pectine du coing se concentre dans les pépins et le cœur. Ne les jetez pas : nouez-les dans une mousseline et faites-les cuire avec le jus, vous récupérerez l'essentiel du pouvoir gélifiant sans que ça vous coûte quoi que ce soit. C'est le geste le plus utile de toute la préparation.
Un filet de jus de citron en fin de cuisson termine le travail, puisque l'acidité est, avec la pectine et le sucre, le troisième facteur de la prise. Deux pommes à cuire ajoutées au jus donnent le même résultat.
Le Portugal et le Champion, mieux pourvus en pectine, demandent moins de correction. Pour ceux qui transforment en quantité et disposent de deux arbres, le mélange 60 % de Géant de Vranja et 40 % de Constantinople fait gagner du temps, le premier apportant la masse et la tenue, le second le goût et la couleur.
Et pour une gelée qui sort de l'ordinaire, remplacez une partie du Constantinople par du Kirmizi Ayva : vous obtiendrez un rubis bien plus intense qu'un rosé classique, le genre de pot que l'on offre.
Quelle variété pour la pâte de coing ?
Le Constantinople à nouveau, et ici la pectine ne pose même plus question, puisque la pâte se fait par réduction et non par prise en gelée. Un seul arbre vous suffit largement.
Son avantage se joue sur la préparation elle-même : il se pèle facilement et il cuit vite, et sur une opération qui prend la journée, c'est ce qui décide si vous recommencerez l'année suivante.
Pour les gros volumes, le Géant de Vranja est le meilleur appoint : avec des fruits souvent autour de 500 g, la bassine se remplit bien plus vite. Gardez au moins quarante pour cent de Constantinople dans le mélange pour le parfum et la couleur.
Avec du Kirmizi Ayva, vous obtiendrez une pâte de coing rouge, assez spectaculaire et parfaitement naturelle.
Quelle variété pour la confiture et la compote ?
Pour la confiture, la contrainte de pectine se desserre et l'on cherche surtout le parfum et le rendement en chair. Le Rea's Mammoth donne ici son meilleur : son arôme exceptionnel s'exprime mieux sur une préparation moins structurée qu'une gelée, et c'est la variété que je réserve aux confitures quand j'en ai.
Pour la compote, qui se marie très bien avec la pomme, visez les variétés les plus parfumées et les plus faciles à travailler, et là encore le Constantinople, pour sa cuisson rapide.
Un conseil vaut pour toutes les préparations : ne cherchez pas à faire fondre un coing comme une pomme. Il garde du mordant même après une longue cuisson, ce qui est normal. Comptez bien plus de temps que pour une compote de pommes, et ne montez pas le feu pour aller plus vite, car vous caraméliseriez le fond avant d'attendrir la chair.
Combien de sucre mettre dans une recette de coing ?
Moins que ce qu'indiquent la plupart des recettes. Je mets en général 10 à 20 % de sucre en moins, parce qu'un coing amené à maturité sur l'arbre n'est pas le fruit acide et sans sucre que l'on imagine.
Je laisse mes coings longtemps sur l'arbre, sur des arbres sains et après de beaux étés, et ils ont le temps de monter en sucre : on garde l'acidité du coing, mais avec une vraie douceur. Les écarts entre variétés sont d'ailleurs importants, puisque dans l'étude tchèque citée plus haut, la teneur en matière sèche soluble, essentiellement des sucres, va d'environ 11 % à près de 18 % selon la variété.
Le plus juste est donc de mesurer le taux de sucre de vos fruits avec un réfractomètre, un petit appareil qui le donne à partir d'une goutte de jus, ou à défaut de réduire progressivement les quantités d'une année sur l'autre.
Deux précautions vont avec. Une préparation moins sucrée se garde moins longtemps, la pâte de coing comme la confiture, qu'il faut alors stocker au frais et consommer plus vite. Et en gelée, allez-y plus doucement sur la réduction, parce que le sucre participe à la prise avec la pectine et l'acidité, surtout avec un coing déjà léger en pectine comme le Constantinople.
C'est mon goût personnel et chacun ajustera au sien, mais un coing bien mûr n'a pas besoin d'être noyé sous le sucre pour être bon.
Les pelures de coing en tisane
Ne jetez pas vos pelures : séchées, elles aromatisent très bien les tisanes, et c'est l'un des usages du coing que je préfère.
Faites-les sécher jusqu'à ce qu'elles soient cassantes, puis gardez-les à l'abri de l'humidité dans un bocal fermé, et ajoutez-en une pincée à vos infusions d'hiver. Le parfum du coing tient très bien au séchage, et c'est une façon d'en profiter bien après la saison.
Peut-on manger un coing cru ?
Rarement, et le sujet demande quelques précisions.
Les variétés non astringentes existent bel et bien, et le Kirmizi Ayva en fait partie. À pleine maturité, il se mange cru : sa chair est juteuse et fondante, avec une saveur de poire épicée, et elle rappelle davantage une poire qu'un coing.
Cela dit, aucun coing ne croque vraiment comme une pomme. Même le meilleur des non astringents reste dense et ferme, et sa texture surprend. Qui achète un coing non astringent en imaginant une pomme sera déçu, alors que celui qui sait qu'il se déguste en fines lamelles ne le sera pas.
L'Aromatnaya, que j'utilisais pour ça auparavant, n'a plus d'astringence à maturité, mais sa chair reste dure : on peut le croquer avec de très bonnes dents, et je lui trouve bien plus d'intérêt en transformation. C'est le même constat pour les variétés d'Ukraine et d'Europe du Nord que je teste pour la dégustation crue : pour l'instant, seul le Kirmizi Ayva se distingue vraiment.
Il reste une précision très terre à terre : pour croquer un coing, il faut de bonnes dents. C'est une vraie limite pour une partie des gens. Servez-le bien mûr, en fines lamelles et à petite dose, comme une dégustation plutôt que comme un goûter.
Quels sont les différents types de coings ?

Revenons aux bases, parce qu'il circule pas mal d'approximations sur cette espèce, et qu'elles expliquent beaucoup de déceptions.
Il n'existe qu'une seule espèce de cognassier à coings, Cydonia oblonga, dont descendent toutes les variétés. Elles se distinguent ensuite selon trois critères.
La forme. Les coings maliformes ressemblent à une pomme, ronds et trapus, et les piriformes à une poire, plus allongés. C'est la distinction que font les pomologues, et elle joue surtout sur l'aspect et sur la facilité de découpe.
L'astringence. La quasi-totalité des coings sont astringents et se mangent cuits. Quelques variétés rares sont non astringentes et peuvent se croquer à pleine maturité, comme le Kirmizi Ayva.
La couleur. La plupart des coings ont un épiderme jaune et une chair blanc crème qui rosit à la cuisson. Le Kirmizi Ayva fait exception avec son épiderme rouge et des préparations qui virent au rubis.
Un dernier point qui évite bien des déceptions : le cognassier du Japon n'est pas le même arbre. C'est un Chaenomeles, un arbuste ornemental épineux dont les petits fruits durs sont comestibles une fois cuits, mais n'ont rien d'un coing. Nous détaillons la différence sur notre page des cognassiers.
Est-ce que tous les coings sont comestibles ?
Oui, tous les coings sont comestibles, mais presque tous uniquement cuits.
Crue, la chair d'un coing classique est dure, sèche et râpeuse, et la maturité n'y change rien : les tanins assèchent la bouche tant que la cuisson ne les a pas transformés. Un coing parfaitement mûr reste immangeable cru s'il appartient à une variété astringente. La cuisson casse ces tanins, attendrit la chair et fait apparaître un parfum qui n'existait pas dans le fruit cru.
Les exceptions sont rares. Les variétés non astringentes, dont le Kirmizi Ayva, se consomment crues à pleine maturité, avec les précautions détaillées plus haut.
Les pépins, eux, ne se mangent pas. Comme ceux de la pomme et de la poire, ils contiennent des composés cyanogènes. Retirez le cœur, ce que vous ferez de toute façon pour préparer le fruit.
Les variétés anciennes de cognassier
Le cognassier est l'un des rares fruitiers où les variétés anciennes restent les meilleures. Le pommier compte des centaines d'obtentions modernes, alors que le coing n'a quasiment pas été retravaillé en France depuis un siècle.
Les trois variétés que vous trouverez partout datent d'avant-guerre. Le Champion vient des États-Unis et s'est diffusé vers 1900. Le Géant de Vranja, parfois appelé Monstrueux de Vranja, vient de Serbie. Le Portugal, aussi nommé Lusitanica, est décrit depuis des siècles et s'est implanté en Provence à une date que les archives ne permettent plus de situer.
Ce sont de bonnes variétés, et leur longévité le prouve. Le Constantinople est pourtant plus ancien encore, et bien moins répandu : c'est un coing turc, connu en Allemagne sous le nom de Konstantinopler, que les pomologues du XIXᵉ siècle décrivaient déjà. Il n'a jamais vraiment percé en France, et c'est celui que je place devant tous les autres.
Sur cette espèce, les meilleurs coings sont donc presque tous anciens, et les plus intéressants sont souvent ceux qu'on avait laissés de côté.
Moniliose et feu bactérien : la santé de l'arbre avant tout
On choisit souvent un coing sur son calibre et son parfum, alors que c'est la tenue sanitaire de l'arbre qui déterminera si vous récoltez encore dans dix ans, et l'écart entre variétés est important.
La moniliose est le problème courant du cognassier. Elle fait pourrir les fruits sur l'arbre et dessèche les rameaux. Dans ma gamme, le Kirmizi Ayva est le plus résistant, le Constantinople est remarquablement sain et le Portugal tient bien. Le Géant de Vranja y est sensible sans que ce soit gênant, et le Rea's Mammoth est celui qui demande le plus de suivi.
Le feu bactérien est plus grave. Le cognassier compte parmi les hôtes les plus sensibles de cette bactérie chez les fruitiers à pépins, et il n'existe pas de traitement curatif : on coupe et on brûle les parties atteintes.
Aucun cognassier n'est à l'abri de cette maladie, et les bons gestes de culture restent indispensables, quelle que soit la variété.
Ce qui protège le mieux, quelle que soit la variété : une charpente bien aérée, le ramassage des fruits momifiés à l'automne, et une taille faite par temps sec sur du bois sain.
Sur quel porte-greffe acheter un cognassier ?
On y pense rarement à l'achat, et c'est pourtant le porte-greffe qui décide de la taille de l'arbre, de sa tolérance au sol et de sa longévité. Un même Constantinople sur deux porte-greffes différents donnera deux arbres différents.
Nos cognassiers sont greffés sur BA29, le cognassier de Provence, qui associe une vigueur moyenne à bonne et surtout une grande polyvalence : il tolère les terres argileuses et calcaires, et supporte aussi bien le manque d'eau que l'excès d'humidité. Sur un sol argilo-calcaire comme le mien, c'est ce qui fait la différence.
Je précise d'ailleurs que lorsque j'écris que le Constantinople tient bien en terrain humide, une part de ce mérite revient probablement au BA29, la variété et le porte-greffe travaillant ensemble sans qu'on puisse toujours leur attribuer séparément ce qu'on observe au verger.
Les autres porte-greffes que vous croiserez :
- Sydo : petite vigueur et mise à fruit rapide, mais il craint les forts taux de calcaire et les terres argileuses, et préfère les sols secs.
- Cognassier d'Angers : petite vigueur lui aussi, plus sensible au calcaire que le Provence, avec une meilleure résistance au froid.
- Franc, c'est-à-dire un semis de cognassier : très vigoureux, il donne de grands arbres à mise à fruit lente, pour les vergers de plein vent.
Le cognassier est aussi sous vos poiriers
Le cognassier n'est pas seulement un arbre à coings : c'est aussi le porte-greffe de la plupart des poiriers de France.
Quand vous achetez un poirier en petite forme, en palmette ou en cordon, ses racines sont presque toujours celles d'un cognassier. C'est lui qui donne au poirier sa taille contenue et sa mise à fruit rapide, là où le franc de poirier donne un arbre immense et long à produire, et sans les porte-greffes issus du cognassier, une bonne partie des grandes variétés de poires anciennes n'aurait pas traversé le siècle.
Dans ma pépinière, environ la moitié de mes poiriers sont greffés sur BA29. Tous les poiriers ne sont toutefois pas compatibles avec le cognassier, et pour ceux-là on intercale ce qu'on appelle un intermédiaire : on greffe d'abord sur le BA29 une variété de poirier compatible, puis la variété voulue sur cet intermédiaire. Si vous cherchez votre poirier, nos meilleures variétés de poiriers sont détaillées dans un article dédié.
Ça explique aussi notre choix du BA29 sous les coings : sélectionné pour porter des poiriers, il est lui-même un cognassier, et y greffer un Constantinople revient à greffer l'espèce sur elle-même, ce qui est la configuration la plus sûre qui soit.
Quand récolter les coings, et la date limite à ne pas dépasser

En octobre et en novembre selon les variétés, mais l'échéance qui compte vraiment n'est pas sur le calendrier : c'est la première gelée sérieuse.
Le coing gèle sur l'arbre à partir de -2,2 °C environ, une valeur établie de longue date par la pomologie. Un fruit gelé noircit en surface, sa chair se délite et il ne se conservera pas. Quand la météo annonce une nuit sous -2 °C, tout ce qui reste sur l'arbre doit descendre.
Le fruit se cueille jaune et ferme. Contrairement au kaki ou à la nèfle, le coing n'a aucun intérêt à mollir sur l'arbre, et un coing qui ramollit avant la récolte est déjà en train de se gâter.
Cueillez à la main en tournant le fruit, et ne laissez jamais tomber vos coings : ils se marquent au moindre choc, et une meurtrissure devient un point de pourriture en quelques jours. C'est la première cause de pertes en conservation, bien avant la maladie. Le duvet qui recouvre le fruit se frotte simplement au chiffon avant la transformation.
Le calendrier de récolte, variété par variété
Avec les huit variétés de la pépinière, la saison du coing s'étale de septembre à début novembre. Les dates relevées chez moi en Ariège, à 300 m, sont indiquées comme telles.
| Variété | Récolte |
|---|---|
| Uspech | Dès septembre, jusqu'en octobre, la plus précoce |
| Portugal | Mi-octobre chez moi |
| Constantinople | Mi-octobre chez moi |
| Géant de Vranja | Octobre |
| Aromatnaya | Octobre |
| Champion | Octobre |
| Kirmizi Ayva | Octobre-novembre selon les régions, maturité tardive |
| Rea's Mammoth | Mi-octobre à début novembre, la plus tardive |
En altitude, comptez deux à trois semaines de décalage par rapport à la plaine.
Combien de temps se conservent les coings ?
Deux à trois mois dans une pièce fraîche, ce qui en fait l'un des fruits les plus faciles à garder sans aucun équipement, avec de fortes différences selon les variétés : le Rea's Mammoth est celui qui se garde le mieux dans ma gamme, le Portugal beaucoup moins.
Posez-les en une seule couche, sans les empiler, sur une clayette dans un local frais et aéré, sans les emballer ni les enfermer dans un cageot.
Attention cependant : le coing parfume fortement tout ce qui l'entoure. Ne le stockez jamais à côté de pommes, de poires ou de pommes de terre, qui prendraient son odeur en quelques jours. C'est d'ailleurs un usage en soi, puisqu'une corbeille de coings posée dans une entrée parfume la maison pendant des semaines, et c'était autrefois la fonction première du fruit dans les armoires à linge.
Quel est le prix d'un arbre à coing ?
Comptez à partir d'une vingtaine d'euros chez nous, selon la variété, pour un cognassier greffé à la main, certifié Agriculture Biologique, livré en racines nues sur porte-greffe BA29. Le prix peut varier d'une saison à l'autre selon les sujets disponibles, et le tarif à jour figure sur la fiche de chaque variété.
Sur le marché français, un cognassier greffé coûte en général entre 15 et 40 €, et trois éléments expliquent cet écart.
La forme et l'âge du sujet, d'abord : un scion d'un an coûte moins cher qu'une demi-tige de trois ans dont le tronc est déjà formé, et plus l'arbre a passé de temps en pépinière, plus il coûte et plus vite il produira.
Le mode de production, ensuite : une greffe faite à la main en petite série, dans une pépinière certifiée bio, n'a pas le même coût qu'une production de masse.
Le porte-greffe et la traçabilité variétale, enfin : un arbre vendu sous la seule étiquette « cognassier », sans nom de variété, est presque toujours le moins cher, mais c'est aussi celui dont vous découvrirez le comportement dans six ans.
Avant d'acheter, chez n'importe quel pépiniériste, vérifiez donc trois choses : le nom exact de la variété, le porte-greffe et la forme livrée. Elles valent largement dix euros d'écart.
Notre prochaine gamme : des coings russes et ukrainiens
Nous développons un nouvel axe dans la pépinière : une future gamme de coings rares venus de Russie et d'Ukraine, encore absents des catalogues français. Plusieurs variétés sont en test au verger.
Ce que nous cherchons là-bas est précis : des coings sans astringence à maturité, comme l'Aromatnaya, et si possible à la chair aussi tendre que celle du Kirmizi Ayva, pour pouvoir les manger autrement que cuits. Ces deux variétés viennent elles-mêmes de régions où la sélection a travaillé dans cette direction, la Russie pour l'une, la Turquie pour l'autre.
Si je vais les chercher là-bas, c'est parce que le travail de sélection sur le cognassier s'est surtout fait hors de France, en Allemagne, en Serbie, en Russie et en Turquie, là où le coing est resté un fruit de consommation courante. Chez nous, il est devenu un fruit de souvenir, celui du jardin de la grand-mère, et la sélection s'est arrêtée en même temps. Il y a donc de belles variétés à aller chercher dans ces pays. L'Uspech, déjà au catalogue, en est un premier exemple.
Pour l'instant, les premières dégustations ne montrent pas de différence nette avec un coing classique : ces variétés se croquent, mais avec de très bonnes dents. Seul le Kirmizi Ayva se distingue vraiment, avec sa chair juteuse et fondante.
Il faut aussi rester prudent, parce que la résistance aux maladies est une donnée régionale : une variété impeccable dans le sud de la Russie peut se comporter différemment en Ariège. C'est la raison pour laquelle nous les cultivons plusieurs saisons avant de les proposer.
Un article dédié paraîtra quand nous aurons nos premiers retours de récolte et de dégustation. D'ici là, pour le coing à manger cru, le Kirmizi Ayva reste au-dessus du lot.
Vos questions sur le cognassier et le coing
Quel est le meilleur cognassier ?
Le Constantinople est le meilleur coing de ma gamme : arôme puissant, gelée rosée, arbre très sain et tolérant à l'humidité, fruit facile à peler et rapide à cuire. Son seul défaut est un léger manque de pectine, qui se corrige en faisant cuire les pépins et le cœur dans une mousseline avec le jus. Selon votre région, le Champion, le Kirmizi Ayva ou l'Uspech peuvent toutefois mieux vous convenir.
Quels sont les différents types de coings ?
Il n'existe qu'une espèce, Cydonia oblonga, avec trois distinctions utiles : maliforme en forme de pomme ou piriforme en forme de poire, astringent ou non astringent, et épiderme jaune ou rouge comme chez le Kirmizi Ayva.
Est-ce que tous les coings sont comestibles ?
Oui, mais presque tous uniquement cuits, car les tanins rendent la chair crue astringente. Seules quelques variétés non astringentes se consomment crues, et les pépins ne se mangent dans aucun cas.
Faut-il deux cognassiers pour avoir des coings ?
Non. Le cognassier est autofertile, et un seul arbre donnera des coings sans aucun partenaire. Un second arbre n'apporte rien à la récolte, seulement du confort en cuisine si vous transformez en quantité.
Quelle variété de coing pour la gelée ?
Le Constantinople, en récupérant la pectine dans les pépins et le cœur avec une mousseline. Le Portugal et le Champion, mieux pourvus en pectine, demandent moins de correction. Avec deux arbres et de gros volumes, le mélange 60 % Géant de Vranja et 40 % Constantinople fait gagner du temps, et le Kirmizi Ayva donne une gelée rubis.
Pourquoi ma gelée de coing ne prend pas ?
Les causes les plus fréquentes sont une variété peu pourvue en pectine, des fruits cueillis trop tard ou gardés trop longtemps, et un manque d'acidité. Faites cuire les pépins et le cœur dans une mousseline avec le jus, puisque c'est là que se concentre le pouvoir gélifiant, et ajoutez un filet de citron en fin de cuisson.
Peut-on manger un coing cru ?
Rarement. Les variétés non astringentes comme le Kirmizi Ayva s'y prêtent à pleine maturité, en fines lamelles, mais aucun coing ne croque vraiment comme une pomme : la chair reste dense, et il faut de bonnes dents.
Quand récolter les coings ?
De septembre à début novembre selon les variétés et les régions, de l'Uspech, le plus précoce, au Rea's Mammoth, le plus tardif ; le Constantinople et le Portugal se récoltent à la mi-octobre chez nous. Le fruit se cueille jaune et ferme, et impérativement avant la première nuit sous -2 °C, puisque le coing gèle sur l'arbre à partir de -2,2 °C environ.
Combien de temps se conservent les coings ?
Deux à trois mois dans une pièce fraîche et aérée, en une seule couche et sans les empiler, avec de fortes différences selon les variétés. Ils parfument tout ce qui les entoure : ne les stockez pas près de pommes, de poires ou de pommes de terre.
Sur quel porte-greffe choisir un cognassier ?
Le BA29, ou cognassier de Provence, est le plus polyvalent : vigueur moyenne, tolérant aux terres argileuses et calcaires comme à la sécheresse. Le Sydo et le cognassier d'Angers donnent des arbres plus petits mais craignent le calcaire.
Combien de cognassiers faut-il planter ?
Un seul suffit, puisque le cognassier est autofertile. Un deuxième arbre sert à ceux qui transforment de gros volumes, un troisième à élargir les usages.
Où est-il préférable de planter un cognassier ?
En plein soleil, dans un sol profond et frais. Le cognassier supporte mieux l'humidité que la plupart des fruitiers, le Constantinople en particulier. Le détail de la plantation est sur notre page des cognassiers.
Le cognassier du Japon donne-t-il des coings ?
Non. Le cognassier du Japon est un Chaenomeles, un arbuste ornemental différent, dont les petits fruits sont comestibles une fois cuits sans être des coings.
Le mot du pépiniériste
Le coing est l'un des fruits les plus oubliés de nos vergers. On lui reproche d'être dur, long à préparer et impossible à croquer, ce qui est en partie vrai, et le choix de la variété règle la plus grande partie du problème.
Ce qui m'a le plus étonné en cultivant douze cognassiers côte à côte, c'est l'écart entre eux : on parle du coing comme d'un fruit unique, alors que le Vranja et le Constantinople n'ont presque rien en commun dans une casserole, et qu'il faut les goûter la même semaine pour s'en rendre compte.
Chez moi, le meilleur est le Constantinople. Chez vous, ce sera peut-être le Champion, le Kirmizi Ayva ou l'Uspech : le meilleur cognassier est celui qui se plaît dans votre jardin.
Dites-moi votre région, votre type de sol et ce que vous comptez faire de vos coings, et je vous dirai lequel choisir. Écrivez-nous, c'est notre quotidien.
Pour aller plus loin :
- Tous nos cognassiers greffés à la main, avec pour chacun son calibre, son parfum et sa date de récolte
- Le Constantinople, notre meilleur coing, et le Géant de Vranja qui le complète
- Le Kirmizi Ayva, le coing rouge non astringent
À propos de l'auteur : cet article a été rédigé par Patrice Gambard, pépiniériste fondateur de la pépinière Au coin du fruit à Rieucros en Ariège. Plus de 20 ans de passion en arboriculture et dégustation de fruits, une pépinière familiale certifiée Agriculture Biologique, et des milliers d'arbres greffés à la main chaque année.