Pour réussir la multiplication du figuier, deux méthodes se démarquent par leur fiabilité : la bouture en hiver (novembre à février) sur bois dormant de 1 à 2 ans, ou le marcottage au printemps (avril-mai) directement sur l'arbre. Ces techniques simples permettent d'obtenir un nouveau plant identique au pied mère sans nécessiter de greffe.
Bienvenue dans nos vergers bio à Rieucros, en Ariège. En tant que pépiniériste au quotidien, s'il y a bien un arbre qui m'émerveille par sa générosité et sa faculté de résilience, c'est le figuier. Multiplier cet arbre fruitier est sans doute l'une des expériences les plus gratifiantes du jardinier : voir une simple branche ligneuse donner ses premières feuilles en quelques semaines, puis ses premières figues dès la deuxième ou troisième année, a quelque chose de magique. Dans notre pépinière biologique Au Coin du Fruit, nous maîtrisons et appliquons ces méthodes professionnelles chaque saison pour donner vie à nos arbres.
| Méthode | Période idéale | Taux de réussite | Avantage principal |
|---|---|---|---|
| Bouturage sur bois dormant | Novembre à février | 75 – 85 % | Idéal pour de grandes quantités |
| Marcottage (sol ou aérien) | Avril à mai | 85 – 90 % | Sécurité maximale (nourri par le pied mère) |
Pourquoi multiplier son figuier soi-même ?
Le figuier est l'un des arbres fruitiers les plus faciles à multiplier. Contrairement à d'autres fruitiers qui nécessitent une greffe pour conserver leurs qualités (pommier, poirier, cerisier), le figuier s'enracine spontanément à partir d'un simple rameau. Pas besoin d'hormone de synthèse, pas de matériel compliqué.
Multiplier son propre figuier présente trois avantages concrets :
- Fidélité variétale garantie : un figuier issu de bouture ou de marcotte reproduit exactement la plante mère. Un semis, lui, réserve des surprises — et souvent des déceptions.
- Économie pour le verger : avec les bonnes techniques, vous pouvez multiplier vos arbres à moindre coût pour densifier votre espace fruitier.
- Partage et transmission : donner à un voisin, un ami ou sa propre famille un figuier issu de son propre verger, c'est transmettre une variété, une histoire, un goût.
La limite de la multiplication « maison » : vous ne pouvez multiplier que ce que vous possédez déjà. Si vous souhaitez une variété précise — une Col de Dame Noire, une Dalmatie, une Pastilière — mieux vaut acheter un premier figuier sain auprès d'un pépiniériste sérieux pour acquérir une souche fiable, puis la multiplier ensuite.
Le piège des synonymes et des confusions variétales
Un point de vigilance souvent sous-estimé : le monde du figuier est truffé de synonymes et de confusions variétales. Une même variété peut porter des noms différents selon le terroir où elle a été sélectionnée, et inversement, un même nom peut désigner des figuiers très différents d'une région à l'autre.
La Bourjassotte Noire et la Violette de Solliès sont le même figuier, mais ce n'est pas toujours clairement affiché. La Pastilière est aussi appelée Rouge de Bordeaux. La Dalmatie circule parfois sous le nom de Figues Croates. Avant d'acheter une bouture ou un plant chez un particulier, sachez que la traçabilité variétale n'est jamais garantie. Un pépiniériste professionnel travaille avec des plants de référence dont l'identité variétale est contrôlée.
La bouture de figuier : la méthode la plus simple
La méthode de bouturage la plus fiable consiste à prélever un rameau sain de 1 à 2 ans (20 à 30 cm) entre novembre et février, à laisser sécher le latex pendant 24 heures, puis à l'enfoncer aux deux tiers dans un substrat drainant maintenu humide hors gel. Le taux de réussite avoisine 85 % lorsqu'elle est réalisée dans les bonnes conditions.
Quel rameau choisir pour le bouturage ?

Tout ne se vaut pas. Un bon rameau pour bouturer doit réunir plusieurs critères :
- Longueur : 20 à 30 cm — ni trop court (réserves insuffisantes), ni trop long.
- Diamètre : entre celui d'un crayon et celui d'un pouce. Un bois trop fin manque de réserves.
- Âge du bois : bois de 1 à 2 ans — ni la pousse de l'année (trop tendre), ni le vieux bois de 3 ans et plus.
- Nœuds : au moins 3 nœuds sur la longueur. C'est aux nœuds que les racines se forment en priorité.
- Santé : issu d'un arbre sain, sans signes de maladie, de chancre ou d'attaque fongique.
Le latex : un détail de pépiniériste qui change tout
C'est le point que la plupart des guides grand public omettent. Quand vous coupez une tige de figuier, un latex blanc caractéristique s'écoule immédiatement. Ce latex peut compromettre votre bouture si vous le négligez.
Attendez 24 heures avant de mettre en substrat. Ce délai de séchage permet au latex de coaguler et de former un bouchon protecteur à la base de la bouture. Sans cela, le latex humide empêche la formation des premières racines et favorise la pourriture. Pensez également à porter des gants, car le latex du figuier est irritant pour la peau au soleil.
Bouture en terre : le pas à pas

C'est la méthode traditionnelle qui donne les résultats les plus solides en pot.
- Prélevez votre rameau sur l'arbre, coupe nette et franche, juste sous un nœud.
- Taillez la base en biseau pour augmenter la surface de contact avec le substrat.
- Laissez sécher la coupe 24 heures à l'air libre, hors gel, à l'abri.
- Préparez un pot de 1 à 2 litres avec un substrat drainant (50 % terreau horticole + 50 % sable ou perlite).
- Faites un trou avec un bâton (ne jamais enfoncer la bouture directement pour ne pas abîmer les nœuds).
- Insérez la bouture aux deux tiers de sa longueur dans le substrat. Le nœud le plus bas doit être enterré.
- Tassez légèrement, couvrez d'un sac plastique transparent pour créer un effet de serre, et placez à la lumière sans soleil direct (15–20 °C).
Les premiers signes de réussite apparaissent en 3 à 6 semaines : gonflement des bourgeons puis apparition des premières feuilles.
Bouture dans l'eau : une variante visuelle mais fragile
La bouture dans l'eau est séduisante car elle permet de voir les racines se former. Elle fonctionne avec un taux de réussite légèrement inférieur (70–75 %).
Prélevez un rameau de 20 cm, laissez sécher 24 h, puis immergez les deux tiers dans un récipient opaque rempli d'eau à température ambiante. Changez l'eau tous les 3–4 jours. L'étape critique intervient au rempotage : les racines formées dans l'eau sont très fragiles. Lors du passage en terre, utilisez un substrat très léger et maintenez une humidité constante pendant les 10 premiers jours pour éviter un choc hydrique mortel.
Notre méthode professionnelle en mottes FERTISS

À la pépinière Au Coin du Fruit, nous n'utilisons aucun pot de terreau classique. Toutes nos multiplications sont lancées en mottes FERTISS — un cœur de tourbe blonde et perlite enserré dans un micro-voile non tissé traversé par les racines. La bouture ne trouvant aucun engrais de synthèse initial, déploie une énergie incroyable pour développer son système racinaire.
Dès que les radicelles percent le voile et touchent l'air, leur croissance s'arrête net : c'est le cernage aérien, qui force l'arbre à créer des milliers de ramifications racinaires secondaires. Le résultat ? Une reprise foudroyante et zéro chignon racinaire.
Le marcottage du figuier : fiabilité maximale pour les variétés précieuses
Le marcottage est une technique différente : au lieu de séparer immédiatement le rameau de l'arbre mère, vous provoquez l'enracinement alors que la branche reste attachée. L'arbre continue de nourrir la future plante. Résultat : un taux de réussite qui dépasse 87 %.
Le marcottage au sol
Cette méthode fonctionne si votre figuier possède des branches basses et souples.
- Repérez une branche basse et souple de 1 à 2 ans.
- Sur la partie qui sera enterrée, retirez un anneau d'écorce de 2 cm pour stimuler l'afflux de sève et la production de racines.
- Enterrez la partie blessée à 10–15 cm de profondeur et maintenez-la avec un crochet.
- Au bout de 4 à 6 mois, séparez la branche de l'arbre mère et transplantez à l'automne.
Le marcottage aérien
C'est la technique reine pour les branches hautes ou les variétés de collection rares.
- Choisissez une branche de 1 à 2 ans et retirez les feuilles sur une zone de 15–20 cm.
- Réalisez deux incisions annulaires espacées de 3–4 cm, puis retirez la bande d'écorce.
- Enveloppez la blessure d'un manchon de sphaigne ou de terreau très humide, le tout enfermé hermétiquement dans un film plastique en forme de « bonbon ».
- Dès que des racines blanches sont visibles à travers le plastique (4 à 8 semaines), coupez la branche sous le manchon et rempotez délicatement.
Les 5 erreurs qui font échouer une multiplication
- Le sur-arrosage : un substrat détrempé fait pourrir la base de la bouture. Maintenez humide, jamais saturé.
- Ignorer le séchage du latex : mettre la bouture en terre immédiatement sans attendre 24 heures condamne souvent l'enracinement.
- L'exposition au soleil direct : une jeune bouture ou une marcotte fraîchement sevrée se dessèche en quelques heures.
- La curiosité brutale : tirer sur la bouture trop tôt (avant 6 semaines) brise les radicelles naissantes.
- Le choix d'un bois malade : les rameaux prélevés sur un arbre atteint de chancre transmettront la maladie.
Nos figuiers bio disponibles à la pépinière
Si vous souhaitez démarrer votre verger avec des variétés saines, productives et à l'identité variétale 100 % garantie, découvrez les plants biologiques que nous élevons à Rieucros en Ariège :
- Figuier Dottato : variété italienne bifère, figues extrêmement sucrées presque sans graines, excellente rusticité.
- Figuier Dalmatie : énorme figue fleur, chair rouge dense aux arômes miellés. Excellente résistance pour le nord de la France.
- Figuier Col de Dame Noire : une chair rouge carmin mielleuse, considérée comme l'une des meilleures figues en dégustation pure.
- Figuier Bourjassotte Noire (Violette de Solliès) : la référence absolue — grosse figue noire sucrée et juteuse, parfaite pour les confitures de connaisseurs.
- Figuier Panachée : peau rayée vert-jaune spectaculaire et chair très sucrée, une curiosité ancienne magnifique au jardin.
- Figuier Pastilière (Rouge de Bordeaux) : très grande résistance au froid et grande précocité, idéale pour les petits jardins ou la culture en pot.
- Figuier Longue d'Août : très productive et précoce, elle offre une chair rouge-rosée au parfum de miel très prononcé.
- Figuier Noir de Caromb : superbe robe bleu-nuit, chair rose délicate, très parfumée et allongée.
- Figuier Marseillaise : petite figue dorée unifère, un concentré de sucre et de parfum sur un arbre au port compact.
- Figuier Ronde de Bordeaux : petite figue violette-noire ultra-rustique du Sud-Ouest, s'adapte parfaitement aux zones d'altitude.
FAQ — Réponses à vos questions sur la multiplication du figuier
Quelle est la meilleure période pour multiplier un figuier ?
Pour le bouturage, la fenêtre idéale se situe en hiver, de novembre à février, pendant le repos végétatif. Pour le marcottage, intervenez au printemps (avril-mai), lorsque la sève remonte et stimule la création rapide de nouvelles racines.
Peut-on faire des boutures de figuier en été ?
C'est techniquement possible (bouture à bois vert en juin-juillet), mais beaucoup plus difficile car la tige évapore énormément d'eau. Si vous tentez l'expérience, placez impérativement vos boutures à l'étouffée et totalement à l'ombre.
Combien de temps faut-il pour récolter les premières figues ?
C'est le grand avantage de la multiplication végétative par rapport au semis : un figuier issu de bouture ou de marcottage peut donner ses toutes premières figues dès la 2e ou 3e année, tout en conservant fidèlement les qualités gustatives de l'arbre d'origine.